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 L'esprit rédempteur d'Astranaar (Elhenore)

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Arendis Griffe-Lune
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Date d'inscription: 23/04/2009

MessageSujet: L'esprit rédempteur d'Astranaar (Elhenore)   Jeu 7 Juil - 7:21

Son héritage, son devoir aussi bien que les évènements dramatiques de son enfance conspirèrent à faire d’Elhenore une prêtresse d’Elune.

Son père quitta le village autant par dégoût du monde que par une sorte de charité tardive pour ses deux filles qui y jouissaient encore d’une certaine considération. Il pensait les préserver ainsi de son obsession pour le puit d’éternité et tout ce qui s’y rapportait, jusqu’aux plus dangereux artefacts et textes mystiques.
Il avait fini par disparaître d’Astranaar pendant leur sommeil et s’était embarqué à Auberdine (Elhenore et sa soeur l’apprirent à la suite d’une enquête discrète car farouchement impopulaire) en direction des Royaumes de l’Est.
Pendant plusieurs années, Elhenore, car il n’y eut bientôt plus qu’elle pour les recevoir, guetta les sporadiques missives de son père. Elles lui parvenaient toujours en pleine nuit, portées par un courrier silencieux qui ne descendait jamais de son sabre-de-givre pour déposer la lettre.
Jan Sombreval avait manifestement sillonné Azeroth et Outreterre en tous sens mais, un peu plus de six ans après son départ, il cessa de donner signe de vie.

Quant à sa sœur aînée, elle s’était engagée sur la voie de la lumière très jeune, peut-être trop jeune. Au moment où le père, trahissant la même vocation, fuyait la ville et l’anathème, elle en était au stade de sa formation où tout prêtre se sent submergé par une puissante vague de spiritualité, un foyer brûlant qui doit servir d’aliment à sa foi jusqu’à la fin de sa vie, et que Jan Sombreval avait détourné de son objet initial vers les arcanes interdites.
Cette énergie mystique entra en collision avec l’intense enthousiasme de la jeunesse, ainsi que le sentiment d’une nécessité intérieure : racheter la conduite de son père. Ces trois stimulations puissantes, chacune si pure en elle-même, eurent, une fois conjuguées, une portée funeste. Après avoir subjugué l’imagination des fidèles d’Elune jusqu’au-delà des limites d’Orneval par une abondance d’esprit stupéfiante, et par la singulière couleur dorée que sa chevelure, contre les déterminismes de sa race, avait fini par prendre, la jeune prêtresse fut littéralement consumée par la lumière qu’elle mettait tant d’ardeur à servir.
Les astranaariis ne prononcèrent plus jamais son nom par la suite. Non à cause de l’amnésie de bon aloi qui avait valu le même traitement à Jan Sombreval ; elle, ce fut par une réaction tacite et collective qui inspirait à chacun, pour ce nom, un respect sacré. La vie reprit son cours à Astranaar, mais tous étaient convaincus, dans leur cœur, qu’un esprit rédempteur veillait désormais sur eux.

Elhenore atteignit l’adolescence environ à cette époque, sous les deux auspices à la fois incompatibles et imbriqués, et tous deux écrasants, de son père et de sa sœur. Les soupirs désolés qu’elle soulevait sur son passage n’avaient fait que redoubler depuis la disparition de cette dernière, et elle aurait pu s’en accommoder si ses concitoyens s’en étaient tenus à une compassion somme toute bien légitime. Mais son histoire, le clair obscur qui l’environnait, tout cela tenait inévitablement les autres à distance. Une seule famille, mais pas la moindre, fit preuve de la véritable sensibilité qui consistait à ne pas tenir compte de son extraordinaire parenté et la traita avec le naturel dont elle avait besoin : Eskérel et Scïa d’Astranaar, les dirigeants du village.
Peut-être en souvenir des jeux qu’elle avait partagés avec Dérélicte, leur fille ainée, au cours de leur enfance commune ; peut-être parce que cette dernière, envoyée au loin pour les besoins de son éducation, leur manquait ; peut-être simplement (et en grandissant, cette hypothèse s’était affirmée dans l’esprit d’Elhenore) par pure bienveillance, ce couple sut procurer à la jeune elfe, aliénée dans son propre village, l’attention et la protection, quoique discrète, d’une autorité parentale.
Longtemps après avoir quitté Astranaar (départ qui avait providentiellement précédé de peu les tragédies en chaîne qu’une attaque de la horde avait fait fondre sur le village), Elhenore fut soutenue par la mémoire de la délicatesse avec laquelle Eskérel et Scïa avaient mis leur foyer à sa disposition. Tout en ayant l’air de ne pas la remarquer lorsqu’il leur arrivait d’entrer dans la bibliothèque (la seule du village) où elle passait de nombreuses soirées pelotonnée dans un fauteuil, ou lorsqu’ils la croisaient jouant avec la dernière portée de chatons dans les couloirs de la maison, elle savait que certains livres avaient été sélectionnés et posés sur le guéridon, à côté d’une corbeille de pain au miel, à son attention.
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